La troisième nuit après la naissance, dans la chambre de la mère, on dispose sur la table du pain, du sel, du vin, une bougie et quelques fils de chanvre — et la mère dort d’un œil, l’autre restant ouvert. Ce sont les Ursitoare qui viennent « sur le vent » filer le fil de la vie du nourrisson : ce qu’elles décrètent sera.
Qui sont les trois Ursitoare ?
La première file le fil de la vie (sa longueur), la deuxième mesure (les épreuves qu’il traversera), la troisième coupe (quand et comment il se termine). Certaines variantes les appellent les « Ursitoare blanches » ou les placent sous l’autorité de Dieu ; d’autres les laissent « sauvages », dans les forêts et sur les ponts. Ce qu’elles ont toutes en commun : le destin ne se file qu’une seule fois — et ne se défait ensuite qu’au moyen d’un « paiement » accompli comme il se doit.
Le rituel de la table (urdia)
- on dispose la table face à l’est, avec du pain, du sel, du vin, de l’eau, des pommes ;
- on laisse le lieu « fermé » pendant un certain temps — la chambre reste calme, sans musique ni dispute ;
- la vieille femme prononce la formule d’accueil : « Soyez les bienvenues, Ursitoare » ;
- le matin, ce qui a été « touché » est offert en aumône ou jeté dans une eau courante ;
- personne ne « se vante » du don reçu — la destinée gardée secrète agit mieux.
Quels dons offrent-elles (et que demandent-elles) ?
Les bons dons : la santé, la chance, « une main généreuse », la beauté, « un époux donné par Dieu ». Le don « demandé » : les Ursitoare peuvent exiger le calme, le respect des morts, que l’on « ne s’en prenne pas à la tête » de l’enfant. Les familles qui n’ont pas préparé la table risquent, selon la tradition, de « mauvais » destins — d’où le soin méticuleux des grands-mères.
Ursitoare, Moires, Parques — la même nature
Les Grecs avaient les Moires, les Romains les Parques, les Slaves les Rodanice et les Roumains les Ursitoare — du verbe a ura, « souhaiter (une bénédiction) ». La structure est identique : trois femmes, un fil, un destin. Et le christianisme ne les a pas chassées : il les a « baptisées » dans les jours sanctifiés après la naissance et les a placées aux côtés de la prière pour la mère.
Questions fréquentes
Pratique-t-on encore ce rituel aujourd’hui ?Oui — dans de nombreuses familles, discrètement. La mère prépare la table, même si elle dit le faire « seulement pour la forme ». Les formes se souviennent : et la mémoire d’une tradition est elle-même une forme de continuité.
Puis-je « changer » le destin qui m’a été assigné ?La tradition dit que l’on peut « adoucir » le destin (par des aumônes, en respectant les jours de fête), mais pas le renverser. La foi chrétienne ajoute : la prière change même le destin — « tout est possible à celui qui croit ».